Voici l'interview de Ken Akamatsu parut dans le Tome 0 du manga paru en juillet 2000, qui est un hors-série avec des infos sur les 7 premiers volumes. L'interview a aussi été reprise dans le Shônen Collection 2 sorti chez Pika Edition le 25 février 2003. Notez que l'interview s'est déroulée après le 7ème tome.
En effet, mais le rythme de publication hebdomadaire est tuant. Je travaille beaucoup et je n'ai pas vraiment le temps de me reposer. Du coup, je ne réalise pas vraiment ce qui m'arrive.

Quand j'étais au lycée, j'ai fais la liste de ce que j'aimerais faire plus tard. Il y avait quatre possibilités : romancier, réalisateur, animateur et mangaka. Ensuite, je me suis demandé laquelle de ces quatre professions m'attirait vraiment.
A l'époque je présidais le club informatique et je programmais des jeux vidéo. J'adorais créer des personnages et des musiques, j'ai même fabriqué un jeu pour PC. C'étais un action-RPG* inspiré par ceux qui existaient à cette période.
On n'en a vendu que quelques milliers d'exemplaires (rires)! Faire ce jeu m'a donné envie de créer encore davantage! A partir de là, je me suis dit que plus tard, je ferai une profession créatrice!
Les frais de production, le nombre de personnes nécessaires et les risques m'y ont fais renoncer. Ce sont les mêmes raisons qui m'ont fais abandonner l'idée de faire du cinéma. Pourtant j'avais réussi l'écrit de l'examen d'entrée à la faculté de cinéma des beaux-arts de l'université du Japon, mais j'ai échoué à l'oral.
Dans mon cas, c'était plutôt dû à de la peur. Je me ménageais des portes de sortie. A l'université je me suis inscris aux clubs de cinéma, de dessins animés et à celui de manga.
Exctement, je voulais prendre le temps de réfléchir. Toutefois, j'ai vite abandonné l'idée de devenir romancier, j'étais en fac de littérature japonaise, mais on y étudie les classiques, on apprend pas à devenir romancier. Je ne savais vraiment rien de rien (rires)! Du coup j'ai renoncé aux romans. Grâce au club de dessins animés, j'ai été directeur de l'animation et réalisateur. J'ai aussi pu dessiner et faire de la couleur sur cellulo mais il me manquait quelque chose parce que la fabrication d'un dessin animé est fragmentée. Le réalisateur dirige et il faut suivre le scénario, j'avais l'impression de ne pas pouvoir m'exprimer complètement. Mais c'est grâce à cette expérience que j'ai compris ce que je voulais vraiment faire.
Tout à fait. J'étais en troisème année à l'époque quand j'ai décidé que je mangerai en dessinant des manga. C'était à l'époque du boom "Sailor-Moon" et le club de manga où j'étais faisait des fanzines parodiques. On en a même vendu au Comicket*. C'est en reprenant les personnages féminins des derniers dessins animés à la mode pour faire des fanzines qu'on trouvait notre propre style.
J'ai commencé en étudiant les dessins d'Ishinomori*, ensuite j'ai été influencé par les dessins animés à la mode et c'est encore le cas maintenant. Au final, je trouve que mes manga ressemblent un peu à des dessins animés.
Jusqu'au lycée, j'en lisais comme tout le monde. J'ai commencé à en lire vraiment beaucoup à l'université. Au club de manga, tout le monde en lisait beaucoup pour faire des fanzines, je m'y suis mis aussi tout naturellement. Mais c'est vrai, j'ai toujours aimé les manga et les dessins animés. J'adore le dessin animé de "Patlabor"* ou "Beautiful Dreamer"*.
Il y a Tetsuya Egawa*. Au lycée, je suivais "Be Free!". Ensuite, il y a Takehiko Ito*. En règle générale, je préfère les gens qui s'ouvrent vers l'animation ou la production à ceux qui se cantonnent aux manga. Ensuite pour ce qui est du cinema, je suis fan de Robert Zemeckis. Que ce soit la série "Retour vers le futur" ou un film experimental comme "Roger Rabbit", il arrive toujours à faire des hits! Maintenant, il se rapproche de James Cameron, et c'est dommage... (rires)
En fait, je l'ai eu juste après avoir été diplomé. Il y avait une sorte de compétition entre les membres du club manga; il fallait participer à deux concours jeune talent dans l'année*. En deuxième année, j'avais participé à celui de SUNDAY* et entre la deuxième et la troisème année, j'ai fais celui de MAGAZINE*. En général je leur envoyais un manuscrit en fin d'année.
Je pensais que MAGAZINE était la revue la plus intéressante pour moi. Ceux qui veulent devenir mangaka envoient souvent leur manuscrit à la revue qu'ils pensent correspondre le mieux à leur histoire. A l'époque, il y avait beaucoup de dessinateurs de talent dans SUNDAY et JUMP*.
S'il y a déjà des manga du même style que le votre, vos chances de gagner sont réduites d'autant. J'ai toujours dessiné des histoires d'amour avec des jolies filles, ce qu'on trouve beaucoup dans SUNDAY et JUMP, donc MAGAZINE était plus intéressant pour moi. Il y a bien "Boys be"... mais ça n'a rien à voir avec mes histoires d'amour. Ensuite, il y a les revues pour adolescents, mais il y a toujours beaucoup de candidats, alors je n'ai jamais voulu y tenter ma chance.
J'ai oublié le titre, mais ça racontait l'histoire d'un garçon qui doit garder des enfants avec la fille qu'il aime pendant les vacances d'été. Au début, la fille ne partage pas ses sentiments, mais elle finit quand même par tomber amoureuse de lui.
Mon éditeur m'a appelé en me reprochant de ne rien avoir publié depuis mon prix. Il m'a proposé de faire une histoire avec des jeunes filles et des ordinateurs. J'ai fais un synopsis pour l'édition mensuelle de MAGAZINE et je me suis retrouvé dans l'hebdomadaire. J'ai essayé de tenir le rythme pendant 20 semaines, avant de craquer et de me retrouver dans le mensuel.
Je suis surtout influencé par les jeux vidéo. Par exemple, j'ai eu l'idée des personnages de "Love Hina" grâce à un jeu de simulation d'histoires d'amour où les filles sont des étrangères ou des filles très dynamiques.
Pas du tout, je n'aime pas les mangas de baston et j'adore dessiner des histoires d'amour.
A l'hiver 1997, juste après "Ai Ga Tomaranai", j'ai fais une histoire courte. Ensuite je me suis dit qu'il fallait que je réflechisse à une nouvelle série.
Au début je pensais faire une série de 5 volumes. J'avais imaginé une histoire avec trois garçons et trois filles vivant dans une pension de famille. Ca ressemblait beaucoup à "Maison Ikkoku", mais je suis parti de cette idée avec mes assistants.
Oui, une comédie amoureuse classique, du genre qui ne trahis pas les attentes des lecteurs. Je voulais faire une de ces histoires où toutes les filles sont belles et amoureuses du héros.
Pas tout à fait. La principale différence tenait dans les relations entre le héros et l'héroïne. Dans "Ai Ga Tomaranai", ils sont amoureux dès le départ ; là, il y avait la rencontre et l'évolution des sentiments. Sur ce plan là, je voulais faire quelque chose dans la lignée de "Danse avec les loups". C'est pour ça qu'au début, Shinobu n'aime pas Keitaro, même si ça change très vite.
J'ai fais des recherches sur les hotels à onsen* de Yamagata* et Morioka* en me disant qu'en mélangeant plusieurs styles, j'aurai un bon décors. En juillet 1998, il y a eu une réunion pour signer le début de la série avec l'éditeur, mais j'avais à peine fini le synopsis et je n'ai pas pu y aller. A la place, j'ai parcouru les départements de Yamagata et Morioka avec mes deux assistants. Nous avons dû prendre plus de deux cents photos. Du coup je ne pourrais pas vous dire quel hôtel a vraiment servi de modèle (rires).
Je ne suis pas particulièrement fan des hôtels à onsen, mais ils sont souvent plus luxueux que les pensions de familles. Et puis ça permettait de faire une histoire un peu coquine. Enfin, je me suis dit que ce serait intéressant d'avoir un héros très riche propriétaire d'un hôtel. Mais finalement, l'hôtel est en piteux état...
Shirai, Haitani, Kitsune et Motoko apparaissaient déjà dans l'histoire des trois filles et des trois garçons, et parmi ces quatre-là, Kitsune a été créée la première.
Depuis le début, le héros était un étudiant passant les concours, mais à la différence de Keitaro, il avait 80 de moyenne générale et il devait boire et pleurer beaucoup. L'héroïne, elle, aimait qu'on s'occupe d'elle. J'ai décidé qu'elle allait ressembler à la rivale de l'héroïne de "Ai Ga Tomaranai". C'est là qu'elle a commencé à taper sur les autres. En fait, au commencement, je pensais faire un héros pas sympathique du tout, que l'héroïne aurait fait changer.
Je savais juste que je voulais que Kaolla ne soit pas japonaise, mais occidentale et blonde ; c'était trop classique, alors j'ai décidé d'en faire une indienne, même si au final, elle ne l'est pas vraiment. Pour ce qui est du dessin, c'est moi qui ai fixé celui de Naru, Kitsune, Keitaro et Motoko. Les autres l'ont été par mes assistants, mais je les ai retouchés. Ca peut être intéressant de voir les différences de style entre les personnages.
Je ne peux pas tout faire, non plus. Mais si l'on compare les volumes 1 et 7, le dessin n'a absolument pas changé.
Nous y avons réfléchis tous ensemble. nous voulions partir du nom de l'hôtel et à l'époque j'aimais bien le nom de Hinata dans "Justice Gakuen"*. Le nom en lui-même ne veut rien dire et "bienvenue à la pension Hinata" faisait vraiment trop classique. On est parti sur "Love Pension Hinata" et en raccourci sur les planches couleurs, nous avons noté "Love Hina". quand il a vu ça, l'éditeur nous a proposé de le garder comme titre. La première fois qu'on l'a utilisé, c'était pour des publicités dans les trains. J'ai trouvé que ce titre en 4 syllabes donnait plutôt bien.
Depuis "Sakura Taisen"*, il y a toujours un personnage féminin avec des lunettes dans les jeux vidéo et quand elle les retire, elle est très belle. Un héros à lunettes a l'air plus sérieux, sinon Keitaro n'a pas une vue aussi mauvaise que ça. Par contre, même si Naru est très myope puisqu'elle prend Keitaro pour une fille dans le bassin, elle arrive quand même à vivre sans lunettes.
Je ne me projette pas dans mes personnages, mais en y regardant bien, c'est normal qu'ils fonctionnent un peu comme moi. C'est peut-être pour ça que Keitaro me ressemble plus aujourd'hui qu'au début de la série.
Ils sont tous faciles à dessiner. C'est une particularité de mes manga. On sait, au premier coup d'oeil ce qu'ils vont faire. Mais le plus simple a dessiner, ça doit être Tama. C'est pour ça qu'on la voit souvent.
Je les aime tous. J'adore les dessiner. J'adore quand Naru fait la tête et je suis ému quand Kaolla fabrique un nouveau robot. Même si elles ne sont pas difficiles à dessiner, j'ai du mal à faire des histoires avec Kaolla et Kitsune. Leur façon de parler et leur vocabulaire font que c'est dur de leur donner le premier rôle.
C'est vrai qu'il y a beaucoup de demandes dans ce sens mais pour l'instant, elles ne sont que les animatrices de la série (rires). C'est plus facile d'écrire des histoires avec Motoko, mais il y a quand même l'histoire de Kaolla qui se transforme en très belle femme les nuits de pleine lune et pour Kitsune, il y a les histoires où elle fait la voyante ou la joueuse de mah-jong. Dans le cinquième volume, elle s'implique plus dans les tentatives de rapprochement entre Keitaro et Naru. Mais il serait presque impossible de faire une véritable histoire dont elle serait l'héroïne.
Effectivement, mais je ne savais pas si Keitaro réussirait le concours d'entrée à Todai. Je me dis que j'aurais dû décider de finir en vingt chapitres, qu'il ait réussi ou non et finalement l'histoire continue. En fait j'avais tout prévu jusqu'au volume 3 et au voyage, mais depuis je n'ai plus rien de prêt à l'avance.
J'aime bien le dernier chapitre du troisième tome. Mine de rien, Shinobu et Kaolla arrivent à réunir tout le monde. Certains lecteurs se sont moqués du costume rouge de Shinobu, mais il a une grande valeur. Je le recommande vivement aux collectionneurs. J'aime aussi le chapitre du septième volume où Keitaro se prend au sérieux. A chaque page, il a un dessin qui ressemble à une gravure et puis il y a des scènes un peu osées, c'est très intime.
Keitaro est amoureux de Naru à 100%. Naru ne déteste pas Keitaro, mais elle n'en est pas vraiment amoureuse non plus, disons qu'elle l'aime a 51%.
On verra. La soeur de Motoko interviendra peut-être. On a déjà vu celle de Kaolla dans le dessin animé.
C'est difficile à dire. D'abord à quoi ressemblerait une vrai fin malheureuse? Pour Keitaro, une fin heureuse serait de réussir à sortir avec Naru, mais peut-être que pour les lecteurs, ce serait que la vie à la pension Hinata continue comme avant. Pour l'instant ça ne devrait pas beaucoup changer. Lisez la suite et vous verrez!